Par Marie-Christine Trépanier, journaliste

Depuis une vingtaine d’années, un nouveau courant social s’installe de plus en plus chez nous au Québec. Cet art de vivre est la simplicité volontaire. Il s’agit d’une philosophie de vie qui privilégie la richesse intérieure à l’opposé de l’abondance matérielle manifestée par une forte consommation. À notre époque, où nous sommes grandement sollicités à consommer, à acheter et à accumuler les biens matériels, il est bon de s’arrêter l’espace d’un moment et de prendre conscience des vraies richesses de la vie, particulièrement durant la période des fêtes. La simplicité et la modération peuvent aussi nous rendre heureux… sinon plus!

QU’EST-CE QUE LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE?

Certains la nomment « simple living », d’autres, « mouvement slow », « good life » ou « austérité joyeuse ». Peu importe l’appellation, la simplicité volontaire est un mouvement qui prend de l’ampleur un peu partout sur la planète. 

Depuis 2002, l’Office de la langue française du Québec définit la simplicité volontaire comme étant un « mode de vie consistant à réduire sa consommation de biens en vue de mener une vie plus centrée sur des valeurs essentielles ». 

De son côté, le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) a élaboré une longue définition de ce courant social, et ce, sous plusieurs aspects. À sa lecture, vous constaterez combien elle reflète les besoins les plus urgents à considérer dans notre société et notre environnement. En résumé, voici la définition adoptée par l’Assemblée générale de cet organisme en avril 2003 : 

« Une façon de vivre qui cherche à être moins dépendante de l’argent et de la vitesse et moins gourmande des ressources de la planète.  

  • La découverte qu’on peut vivre mieux avec moins.
  • Un processus individualisé pour alléger sa vie de tout ce qui l’encombre.  
  • Un recours plus grand à des moyens collectifs et communautaires pour répondre à ses besoins et donc un effort pour le développement d’une plus grande solidarité. 
  • Le choix de privilégier l’être plutôt que l’avoir, le « assez » plutôt que le « plus », les relations humaines plutôt que les biens matériels, le temps libéré plutôt que le compte en banque, le partage plutôt que l’accaparement, la communauté plutôt que l’individualisme, la participation citoyenne active plutôt que la consommation marchande passive.  
  • La volonté d’une plus grande équité entre les individus et les peuples dans le respect de la nature et de ses capacités pour les générations à venir.
  • Un courant social important qui, bien au-delà du Réseau québécois pour la simplicité volontaire, tente de répondre à des problèmes de société de plus en plus pressants (course folle de la vie moderne, endettement excessif, insatisfaction malgré une consommation débridée, épuisement professionnel, gaspillage et épuisement des ressources naturelles, désintégration du tissu social, etc.). » 

Comme vous pouvez le constater, la simplicité volontaire s’apparente à plusieurs niveaux au mouvement Hygge fort populaire au Danemark de même qu’au Lagom, l’art de la simplicité suédoise. 

COMMENT ADOPTER CE MOUVEMENT DANS NOTRE QUOTIDIEN?

La simplicité volontaire offre à chacun d’ajuster de manière progressive sa façon de vivre selon ses priorités et ses valeurs. Par exemple, un adolescent ou une personne âgée, une personne qui vit en milieu urbain ou en milieu rural, un célibataire et une personne mariée, avec ou sans enfants ne pratiqueront pas la simplicité volontaire de la même façon. Chacun l’adapte à sa façon et la vit à son rythme.  

La simplicité volontaire peut se pratiquer individuellement, mais il va sans dire que le faire collectivement permet de s’encourager mutuellement, de tisser des liens et de partager ses expériences avec les autres. 

Faire un premier pas peut signifier rationaliser l’utilisation de son argent, réduire certaines dépenses inutiles, diminuer le temps passé devant la télévision, troquer la voiture pour le transport en commun ou commencer à composter les restes de table. Peu importe le point de départ, l’important c’est de passer à l’action tout en se rappelant que ces changements amorcés dans nos vies ont pour objectif de nous rendre plus heureux, à la fois comme individu, comme collectivité et aussi comme habitant de la Terre. 

Par exemple, sur le plan alimentaire, on peut choisir d’acheter local, jardiner son propre potager, encourager le commerce équitable, adopter le végétarisme et l’agriculture biologique, etc.

En ce qui concerne la consommation, sans l’éliminer, on peut prendre conscience de son impact dans nos vies, sur celles des autres et aussi, bien entendu, sur l’environnement. Il est nécessaire de consommer afin de répondre à nos besoins, mais il revient à chacun d’entre nous d’évaluer ce qui est essentiel plutôt que de suivre toutes les publicités qui passent à longueur de journée sous nos yeux. 

D’autre part, récupérer, réparer et donner les objets qui ne nous servent plus est une autre façon de pratiquer la simplicité volontaire. Ne laissez pas votre maison encombrée d’objets. Donnez au suivant si vous voulez vous en débarrasser à moins qu’ils ne soient inutilisables. 

UN PEU D’HISTOIRE…

L’expression « voluntary simplicity » a été créée en Inde en 1936 par l’Américain Richard Gregg, disciple de Gandhi, dans un texte intitulé : « The Value of Voluntary Simplicity ». Puis, le mouvement a été redécouvert et popularisé aux États-Unis en 1977 et ici au Québec en 1985 avec un premier livre sur le sujet : « La simplicité volontaire, plus que jamais… » écrit par Serge Mongeau. Mais c’est au cours des années 90 que le mouvement a vraiment pris son envol.  

Aujourd’hui, ce mouvement est présent un peu partout sur la planète sous différentes appellations. 

À vous maintenant de faire le premier pas! Sur le site officiel du RQSV, vous trouverez des centaines d’exemples que vous pourrez mettre en application dans vos vies, à votre rythme, selon vos besoins et capacités d’action.  

Source :  www.simplicitevolontaire.org