Par Chan Tep, productrice, auteure et animatrice | www.chantep.com

Dans la vie, le passage d’une décennie à une autre se célèbre et se marque par plusieurs rites de vie. Les principaux tournent autour du passage de l’enfance à la vie adulte, souvent souligné à travers le monde durant la puberté : le Bar et Bat Mitzvah des jeunes juifs à 12-13 ans, le sweet sixteen des Américains qui entament le college (une version plus sexy que nous du cégep!), les compétences de chasse transmises aux jeunes Inuits de l’île de Baffin vers 11-12 ans dont les lignes de communication entre humains et animaux initiés par un chaman, le saut du Gol des jeunes garçons du Vanuatu – un petit pays insulaire du milieu du Pacifique Sud – un saut d’une tour de 98 mètres de haut avec une liane attachée à leurs chevilles, le Seijin-no-Hi, une tradition pratiquée par des Japonais de 20 ans avec costumes traditionnels pour symboliser leur chemin vers la maturité et considérés maintenant comme des adultes, etc.

Ici, le cap des âges est notre façon de standardiser des façons de faire, d’agir et de se comporter en collectivité, comme l’âge de la scolarité, l’âge des accès (l’âge légal pour travailler, conduire, voter, consommer et sortir dans les bars et autres établissements de 18 ans et plus). Il y avait aussi traditionnellement l’âge des états civils : la jeune vingtaine pour le mariage, la jeune trentaine pour la création de sa famille…

Pour nous, les femmes, le passage des âges nous marque encore plus (à mon humble avis). Constamment reliées au cycle de la vie avec nos menstruations qui reviennent tous les mois comme un boomerang, le grand bal des marées rouges depuis notre adolescence fait place avec le temps à un autre cocktail d’hormones, la ménopause, qui en frappe plus d’une, tant par ses effets physiques que psychologiques… Alors la dizaine, vingtaine, trentaine, quarantaine, cinquantaine et même soixantaine, vécues pleinement en défis et hauts et bas offerts par Mère Nature représentent finalement plus du 3/5 de notre vie !

Le temps d’un anniversaire, on se questionne, on se fait un bilan personnel, on se remémore nos bons coups comme nos mauvais, et on se projette dans le futur avec les meilleures intentions du monde. C’est un devoir de mémoire qui mérite sa marque du temps, surtout en cette ère qui valorise la jeunesse et qui redoute la vieillesse. L’anniversaire est un réel décompte de la durée de notre vie.

Ce n’est plus tant un secret pour personne maintenant que je vous l’écris, mais j’aurai en ces temps des Fêtes quarante ans. Et ce passage à une nouvelle décennie qui se veut marquée de sagesse, d’estime personnelle, de stabilité financière, d’acceptation de soi et de la vie, d’avoir pu transformer ses rêves en réalité et la fameuse crise de la quarantaine…

Eh bien, je vais vous dire la vérité : je ne ressens rien de ce que les articles sur la quarantaine me proposent ! Je ne m’y reconnais pas. Cette pression d’avoir à cadrer selon son âge m’exaspère plus qu’autre chose. Pourquoi avoir à se conformer à des façons de s’habiller, de vivre, d’avoir un statut social, d’agir, de parler, de travailler selon son âge ? Jeune, on s’imagine tellement autrement, et une fois rendu adulte, on se demande si on honore encore le jeune en soi.

Il y a par contre le concept de l’âge subjectif qui m’interpelle plus que l’âge chronologique. Des études démontrent qu’entre trente et quatre-vingts ans, nous vivons comme dix, vingt voire vingt-cinq ans de moins que l’âge chronologique. Avec les diverses avancées et libérations de notre société moderne, on ne fête plus tant l’âge que l’on a, et pourquoi pas ? C’est une bien belle consolation finalement que d’accepter de vieillir.

Je regarde le temps passer, et je me dis qu’il ne m’en reste pas tant que ça tout compte fait. Le temps passe si vite, trop vite. Et je me sens encore comme une grande adolescente qui n’en finit plus de ses rites de passage de vie. Franchement, quarante ans, vraiment ? Oh que non, je suis loin d’être prête pour ça!

« Quarante ans, ce n’est pas la perte des illusions, c’est le réajustement de l’illusoire ». – Cendrine Barruyer