Par Guylaine Campion, ND et journaliste

Quand on pense « microbiote », il est surtout question de notre flore intestinale, mais saviez-vous que nous avons aussi un microbiote cutané? En effet, la peau est un écosystème composé de bactéries, champignons, virus, parasites, qui vivent à la surface de la peau, dans l’épiderme et également dans les couches plus profondes. Le microbiote cutané est donc toute cette flore microbienne. 

NOS BACTÉRIES : NOS ALLIÉES?

Les bactéries sont souvent placées au banc des accusés et pourtant, elles sont nos alliées pour préserver notre capital santé et beauté.  

On connaît déjà le rôle important des bactéries pour le bon fonctionnement de nos intestins notamment pour notre système immunitaire, l’absorption des nutriments, notre humeur… Pour sa part, le microbiote de la peau protège des agressions (pollution, rayons UV, etc.), aide à réguler les réponses immunitaires et à réduire l’inflammation. On reconnaît de plus en plus le rôle primordial des micro-organismes qui peuplent notre corps et aussi notre peau.

Chaque individu possède sa propre carte d’identité microbienne. Elle change en fonction du sexe, de l’âge, des facteurs génétiques, du mode de vie, de l’alimentation, mais aussi de la condition immunitaire, l’existence de maladies et la prise de médicaments. Bien qu’elles soient très nombreuses, les bactéries ne devraient pas nécessairement nous faire peur puisqu’elles agissent comme boucliers aux différentes agressions extérieures.  En fait, notre microbiote cutané produit des armes afin de se défendre contre les envahisseurs. 

Ces micro-organismes vivent en parfaite harmonie et participent au bon fonctionnement de nos cellules. Elles permettent aussi de limiter l’impact du stress oxydatif. 

Fait intéressant : selon la Revue Médicale Suisse, il existe toute une variabilité du microbiote entre les différentes zones anatomiques de la peau. En fait, « des zones cutanées différentes abritent des communautés bactériennes différentes. Le niveau de diversification dépend de la température, de l’humidité et du contenu lipidique de la peau. » On définit trois microenvironnements cutanés principaux soient :  les zones grasses, les zones humides et les zones sèches. Dans chacune de ces zones cutanées, des espèces bactériennes prédominent. Il existe aussi une variabilité du microbiote cutané selon l’individu.  

QU’ARRIVE-T-IL LORSQU’IL Y A DÉSÉQUILIBRE DU MICROBIOTE CUTANÉ?

Quand certaines bactéries se développent en trop grande quantité ou si des bactéries « ennemies » ou indésirables prennent domicile, des déséquilibres apparaissent.  

Bien entendu, la peau possède des moyens de défense, par exemple un film hydrolipidique ou pH cutané qui empêche le développement anormal des bactéries. Mais parfois, les déséquilibres sont très importants et la peau a de la difficulté à les supporter. Résultats : des dommages cutanés tels que des affections inflammatoires, l’acné, la dermatite atopique, le psoriasis, une peau grasse, sèche, sensible. Ce dérèglement cutané agit comme une agression. 

De plus, de récentes études ont suggéré que la dysbiose (appauvrissement de la diversité bactérienne) intestinale pourrait avoir un impact sur les maladies de peau. En effet, bien qu’on en soit qu’au début des recherches, on a noté une association entre la dysbiose intestinale et la dermatite atopique.  

COMMENT PROTÉGER NOTRE MICROBIOTE CUTANÉ?

D’abord et avant tout, il est nécessaire d’adopter une hygiène douce et modérée afin de ne pas dessécher la peau et perturber l’équilibre du microbiote cutané. Notre habitude à privilégier une hygiène à outrance agresse et altère la barrière de la peau.  Par exemple, il faut éviter d’utiliser de façon abusive des gels antibactériens pour désinfecter les mains. 

De nos jours, les chercheurs en cosmétique s’intéressent de plus en plus aux milliards de micro-organismes qui colonisent la peau. Les produits qui cumulent parfums, agents de conservation, alcool, antibactériens, etc. nuisent à l’équilibre de la peau et favorisent l’apparition de mauvaises bactéries au détriment de bonnes bactéries. De plus en plus, les produits cosmétiques devront respecter le pH physiologique de la peau et supprimer les composants qui impactent sur la peau tels que les antibactériens. Dans les cas de dermatite atopique, il est suggéré de restaurer le microbiote cutané avec des émollients, et ce, à long terme.  

En terminant, n’oublions pas que la prise de probiotiques et de prébiotiques est de bon recours pour le maintien d’un bon microbiote.