Par Marie-Christine Trépanier, journaliste

Hildgarde de Bingen est considérée encore aujourd’hui comme étant la première vraie phytothérapeute moderne. Ce qui est le plus fabuleux dans la vie de cette femme, c’est qu’elle était aussi abbesse allemande chez les Bénédictines, poétesse, musicienne et visionnaire.

Cette religieuse, canonisée en 2012 par le pape Benoît XVI et proclamée « docteur de l’Église », a su allier phytothérapie et spiritualité. Très intuitive, elle utilisait les plantes et les herbes pour guérir les moniales et les gens de son village. Elle a laissé en héritage plusieurs écrits relatant ses découvertes sur les plantes, ses remèdes naturels et ses recettes.

DES RÉVÉLATIONS « DIVINES » SUR L’ORIGINE DES MALADIES ET DE LEUR TRAITEMENT

Quand on lit la biographie de Hildegarde de Bingen, on se rend compte de la portée exceptionnelle de cette femme sur son époque. Avant-gardiste, elle voulait changer les conventions et attirait les foules par son pouvoir de guérison avec les plantes. Mystique, elle recevait des « révélations divines », en méditant et en priant, sur l’origine des maladies et leur traitement.  Elle avait une vision totale de l’être humain, c’est-à-dire : « corps, esprit et âme ».

Elle a été l’auteure d’ouvrages célèbres inspirés par ses visions à propos des plantes médicinales et de la nature. Ces écrits oubliés pendant 800 ans ont été redécouverts au siècle dernier. De nos jours, plusieurs s’étonnent de la justesse de ses conseils encore aujourd’hui : l’art de ne pas tomber malade, d’avoir une bonne hygiène de vie, une vie spirituelle et de vivre dans l’harmonie, la sérénité et la joie.

LES ALIMENTS QUI APPORTENT LA JOIE

Hildegarde de Bingen affirmait que certains aliments apportent de la joie et d’autres de la tristesse. La science d’Hildegarde est très près de la médecine traditionnelle chinoise à cet égard. Selon elle, le corps, l’esprit, l’âme et l’environnement sont les quatre piliers de la santé et sont intimement liés les uns aux autres. Ainsi, notre alimentation aurait des conséquences directes sur nos émotions.

Pour elle, la tristesse et la colère sont les causes de nombreuses maladies : « Lorsque l’âme de l’homme a senti quelque chose de nocif pour elle ou pour son corps, le cœur, le foie et les vaisseaux sanguins se contractent. Il s’élève comme un nuage qui assombrit le cœur, de sorte que l’homme devient triste », écrit-elle dans son livre Les causes et les remèdes.

Pour remédier à ce problème, elle invitait les gens à consommer des aliments sources de joie, c’est-à-dire ceux qui revitalisent et aident à garder une bonne santé tant sur le plan physique, psychique et spirituel.

DES ALIMENTS AUX VERTUS CURATIVES

Hildegarde de Bingen ne décrivait pas les aliments en fonction de leurs éléments nutritifs ou de leurs calories, mais plutôt en fonction de leurs vertus curatives. Elle conseillait une alimentation basée sur les céréales, la plupart des fruits et légumes, une consommation modérée de viande, de gibier et de poisson, de produits laitiers, d’herbes, de condiments et de boissons.

Elle décrivait l’épeautre comme étant la reine des céréales. « L’épeautre est l’aliment qui possède tout ce qu’il faut pour vivre et qui rend la chair bonne, bon le sang et l’humeur légère », disait-elle. Par ailleurs, elle était sélective en ce qui a trait aux fruits et légumes. Elle recommandait les pommes, les poires, les cerises, les oranges, les citrons, les amandes, les châtaignes, les framboises, le fenouil, les haricots, les pois chiches, les courges et la laitue. Selon elle, ces aliments apportent chaleur et joie à l’organisme et donc à la personne elle-même.

Par contre, elle déconseillait la consommation de fraises, car « elles poussent près du sol et même dans l’air vicié » par les champignons. Elle disait que les pêches « embarrassent l’estomac » et n’aimait pas les prunes à cause de leur acidité. Pour ce qui est du poireau et ses composés soufrés, elle disait qu’ils « [mettent] le sang et les humeurs de l’organisme à l’envers »! De plus, selon elle, l’excès de fruits et de légumes crus n’est pas souhaitable parce qu’ils sont difficiles à digérer dans l’estomac n’ayant pas été tempérés par le feu.

Pour préparer ses recettes, Hildegarde utilisait, outre les plantes médicinales : l’huile d’olive, le vin, le vinaigre, le pain et le miel.

SES AVIS SUR CERTAINES DE SES PLANTES PRÉFÉRÉES

Cette herboriste et phytothérapeute avait parfois des recettes plutôt spéciales pour traiter différents troubles de santé. Par exemple :

AIL : Hildegarde recommandait de manger l’ail cru plutôt que cuit et de croquer ensuite quelques grains de café, d’anis ou de cumin pour faire disparaître son odeur désagréable. « L’ail a une chaleur positive. Il pousse grâce à la force de la rosée, » peut-on lire dans Les remèdes de santé d’Hildegarde de Bingen.

CAMOMILLE : elle a confirmé les vertus de la camomille pour les troubles digestifs : « La camomille est chaude. Son suc agréable est un onguent doux pour les intestins ».

FENOUIL : elle vouait une attention toute particulière au fenouil pour ses propriétés diurétiques et aussi pour leur action régulatrice du cycle féminin. Elle appliquait des cataplasmes de fenouil lors d’accouchement difficile. Elle conseillait aussi les semences pour supprimer la mauvaise haleine ou améliorer la vue. « Le fenouil contient une chaleur douce et sa nature n’est ni sèche ni froide. De quelque façon qu’on le mange, il rend le cœur joyeux; il procure une bonne sueur et assure une bonne digestion. »

MAUVE : reconnue pour ses propriétés adoucissantes, laxatives et diurétiques, Hildegarde appréciait aussi la mauve pour calmer la fièvre. « En cas de fièvre, quelle que soit sa nature, pilez de la mauve dans du vinaigre. En boire le matin à jeun et le soir au coucher : la fièvre disparaîtra. »

ORTIE : l’ortie était l’une des plantes préférées d’Hildegarde. Elle la conseillait contre les vers intestinaux, les problèmes digestifs, la mémoire défaillante et le rhume. « L’ortie est une espèce totalement chaude. Elle purge l’estomac et en fait disparaître les humeurs. »

PISSENLIT : apprécié pour purifier le foie et les reins, Hildegarde avait trouvé d’autres vertus au pissenlit. « Le pissenlit est chaud et sec. Si l’on en mange souvent, comme de tout autre aliment, il purge l’estomac et l’on fait disparaître nombre de troubles de la vue. »

VALÉRIANE : elle recommandait la valériane comme tranquillisant et somnifère. Elle s’en servait aussi pour traiter la goutte et la pleurésie.

Elle aimait bien également le calendula et l’arnica.

Selon la devise bénédictine, on ne peut séparer l’alimentation d’une bonne hygiène de vie où il y a équilibre entre le repos et l’activité, prière et méditation. Hildegarde recommandait aussi le jeûne occasionnel.

Si la phytothérapie vous intéresse, il va sans dire que les livres de Hildegarde de Bingen regorgent d’une foule de découvertes assez étonnantes.

 

Source : Les remèdes de santé d’Hildegarde de Bingen, Ed. Marabout