Par Nathalie Beaudoin, herboriste-thérapeute  | www.nathalieenherbe.com

Pour de nombreuses personnes, l’arrivée des beaux jours rime avec rhinite allergique. Heureusement, certains aliments, plantes médicinales et produits naturels permettent de limiter ces désagréments. Voici un survol de plusieurs pistes pour vous aider à passer un printemps sans symptômes allergiques ou presque.

Qu’est-ce qui déclenche les allergies?

La rhinite ou le rhume des foins est généralement déclenché par un allergène se trouvant dans l’air respiré. Que ce soit des poils d’animaux, de la moisissure, du pollen, des poussières, des plumes ou des acariens, le ou les allergènes entre en contact avec les muqueuses respiratoires, le système immunitaire réagit en sécrétant de l’histamine produite par le foie ainsi que d’autres molécules inflammatoires et cause l’inflammation des voies respiratoires. Peu importe l’allergie ou l’allergène, les symptômes sont perturbateurs et persisteront aussi longtemps que la personne est exposée aux allergènes.

Ces réactions immunitaires excessives, qui entraînent la libération d’histamine, révèlent une fragilité organique, immunitaire ou digestive, notamment. L’augmentation de la pollution serait aussi en cause, fragilisant les muqueuses et déroutant le système immunitaire en l’exposant à des combinaisons polluants-pollen. Les naturopathes et herboristes-thérapeutes proposent habituellement des traitements naturels agissant sur les symptômes et sur le fond en stimulant l’immunité, tout en drainant le foie et les intestins.

Les principaux symptômes d’allergie sont :

  • Agacement et chatouillement dans le nez;
  • Brûlements dans la gorge ou le palais;
  • Cerne bleuté sous les yeux ;
  • Écoulement ou congestion nasale;
  • Éternuements à répétition;
  • Douleur et picotement dans les oreilles;
  • Fatigue, irritabilité, insomnie;
  • Yeux irrités, rouges, qui démangent ou larmoiements.

La période d’allergies au Québec

Dès le mois d’avril, la panoplie de symptômes de la rhinite allergique peut gâcher les belles journées de printemps et d’été de ceux qui en souffrent. Dès les premiers beaux jours, c’est d’abord les moisissures et le pollen des arbres et des arbustes (bouleau, thuya, tilleul d’Amérique, etc.) qui commence à agacer le nez, puis les graminées passent à l’attaque dès le mois de juin jusqu’à juillet (gazon, foins, maïs, seigle), suivis de la redoutée herbe à poux, Ambrosia artemisiifolia, la grande herbe à poux, Ambrosia trifida ou même pour certains, les variétés de plantains, Plantago major ou P. Lanceolata, plus tard dans l’été.

Quelques recommandations pour les éviter

Tout d’abord, quelques précautions s’imposent pour limiter l’exposition aux pollens :

  • Aérer votre intérieur de préférence le matin ou le soir;
  • Éviter les longues promenades lorsque le temps est sec et très venteux;
  • S’équiper de lunettes bien couvrantes;
  • Bien se laver les mains et se laver les cheveux le soir;
  • Localement, nettoyer le nez avec du sérum physiologique régulièrement ou encore avec une décoction d’euphraise.

Plantes et produits naturels à essayer

La plupart des plantes et produits naturels décrits ci-dessous se trouvent habituellement très facilement en herboristerie ou en magasins d’aliments naturels.

L’euphraise                                                                                                                        L’euphraise, Euphrasia officinalis, est utile pour les yeux rouges et larmoyants qui accompagnent la conjonctivite allergique. Cette magnifique plante peut être prise en infusion en la combinant avec la verge d’or, Solidago canadensis et du plantain lancéolé, Plantago lanceolata. Les belles sommités fleuries de l’euphraise peuvent être également utilisées en homéopathie – Euphrasia est préconisée dans les cas d’éternuements fréquents et de larmoiements ou d’irritations oculaires.

Les huiles essentielles                                                                                                          Pour vous aider à mieux respirer, avec beaucoup de salive, déposez une goutte d’huile essentielle de menthe poivrée, Mentha ×piperita, sous la langue ou utilisez quatre à six gouttes d’un mélange de pruche, Tsuga canadensis et de camomille noble, Chamaemelum nobile ou la lavande, Lavandula officinalis en massage avec un peu d’huile d’amande douce sur les voies respiratoires, près du nez, de la gorge et le thorax. Ces synergies apaiseront le système nerveux et faciliteront le lâcher-prise.

L’hydrolat de bleuet                                                                                                              Pour les yeux qui picotent, l’hydrolat de bleuet, Centaurea cyanus, en usage local apportera du réconfort aux yeux rouges et irrités. En effet, cette eau florale est utilisée en collyre (gouttes ophtalmiques) pour ses effets apaisants sur les irritations oculaires, ce qui lui a valu le surnom de « casse-lunettes ». De récentes recherches indiquent que les extraits des fleurs de bleuet auraient des vertus anti-inflammatoires, modérant le système immunitaire et ses manifestations excessives comme les œdèmes.

Le plantain                                                                                                                                           

Il existe plusieurs variétés de plantain, et c’est généralement le plantain lancéolé, Plantago lanceolata, qui est utilisé soit en infusion pour apaiser les voies respiratoires, soit sous forme de gélules, d’extrait fluide, voire de collyre pour les yeux.

Bien que ses pollens soient allergènes, le plantain lancéolé possède une action antihistaminique connue et est fréquemment recommandé lors des rhinites allergiques. Grâce à leurs molécules anti-inflammatoires et à leurs tanins protecteurs de la muqueuse, les feuilles de plantain soulagent les affections respiratoires, sont cicatrisantes et calment aussi bien les irritations des yeux que de la peau et des muqueuses.

Les feuilles de plantain lancéolé (idéalement fraîches) peuvent être mélangées à celles séchées de l’ortie, Urtica dioica et avec un peu de racine séchée de réglisse, Glycyrrhiza glabra, pour apporter un effet anti-inflammatoire supplémentaire (contre-indiqué si vous souffrez d’hypertension).

L’ortie                                                                                                                                    L’ortie, Urtica dioica, semble être le meilleur remède et le plus souvent recommandé pour les allergies saisonnières. Tout comme le plantain, l’ortie piquante serait également un anti-inflammatoire efficace contre les symptômes des allergies saisonnières. Prises sous forme de tisane ou en capsules, les feuilles séchées d’ortie peuvent aider à soulager les larmoiements, les éternuements et l’écoulement nasal. Elle doit être prise un minimum de trois mois précédant la saison d’allergie. Pour une utilisation symptomatique, utiliser la teinture d’ortie fraîche.

Le Rooibos

Aussi appelé thé rouge, le Rooibos de son nom latin Aspalathus linearis, est originaire d’Afrique du Sud. Il est naturellement sans caféine et contient deux bioflavonoïdes appelés rutine et quercétine. Ces deux composés bloquent la libération d’histamine (les produits chimiques que produit notre corps en réponse à des allergènes). Les Rooïbos peuvent être efficaces contre les irritations de la peau.

Plantes riches en acide rosmarinique

Saviez-vous que le basilic, la menthe, le romarin et la sauge sont des plantes pouvant calmer les symptômes allergiques ? En effet, ces fines herbes aromatiques sont riches en acide rosmarinique, une substance qui s’oppose au processus inflammatoire de l’allergie. Deux études ont démontré que cet acide calme les symptômes des patients souffrant de conjonctivite et rhinite allergique et qu’il apporte un soulagement des symptômes de la dermatite atopique (eczéma atopique), qui se traduit par une peau sèche, des plaques rouges et de fortes démangeaisons.

Autres plantes anti-inflammatoires

La menthe poivrée, Mentha × piperita, agit comme un décongestionnant, anti-inflammatoire possible et a de légères propriétés antibactériennes.

Le gingembre frais, Zingiber officinale, a tant de propriétés curatives étonnantes ! Mais pour l’allergie et le rhume, coupé en tranches fines et infusé dans l’eau chaude, il agit comme un antihistaminique naturel et un anti-inflammatoire.

La mélisse, Melissa officinalis, appartient à la famille de la menthe, mais a un parfum citronné. Elle est apaisante et peut aider à calmer les maux de tête, le rhume et les autres problèmes respiratoires.

Associer miel et citron

Un miel brut local, pour traiter un mal de gorge, associé au citron, détoxifiant et source de vitamine C pour stimuler l’immunité. Vous pouvez les ajouter tous les deux à votre tisane contre les allergies.

Tisane antihistaminique

½ c. à soupe d’ortie séchée
½ c. à soupe de menthe poivrée séchée
1/2 c. à thé de gingembre moulu ou 1 à 2 tranches de gingembre frais

Préparation :

Versez le tout dans une tasse de thé. Chauffer l’eau et la verser par-dessus. Laisser infuser pendant cinq à huit minutes. Ajouter du miel et du citron, si désiré.

Prendre soin de son foie

Le foie est censé éliminer les complexes immuns d’une manière rapide et efficace. S’il ne le fait pas, la charge sanguine en allergènes augmente. Afin de faciliter cette élimination, prenez régulièrement une des plantes dépurative et diurétique suivantes : racine de pissenlit, Taraxacum officinale, ou racine de bardane, Arctium lappa. Aussi, on peut se tourner par exemple vers des capsules de chardon Marie, Silybum marianum, des infusions de feuilles d’artichaut, Cynara scolymus ou de romarin, Rosmarinus officinalis.

Des intestins en santé

Préserver une bonne écologie intestinale est également primordial. Pour cela, je vous conseille une tisane comportant des graines de l’anis vert, de cumin, de la coriandre, de fenouil, des feuilles de menthe poivrée ainsi que des fleurs de camomille, en parts égales, à raison de quatre cuillerées à soupe du mélange pour un litre d’eau bouillante à boire tout au long de la journée.

Les aliments à éviter

Les personnes allergiques à l’herbe à poux peuvent réduire la gravité de leurs symptômes en évitant de consommer temporairement quelques aliments. En effet, la banane, le cantaloup, le concombre, la courgette, le melon miel et la pastèque (melon d’eau) peuvent amplifier des réactions allergiques déjà existantes telles que les larmoiements, les écoulements nasaux et autres symptômes de la rhinite allergique. Ce phénomène, nommé « allergies croisées » est causé par la ressemblance entre certaines protéines contenues dans ces aliments et celle du pollen de l’herbe à poux. Cette similarité stimule donc l’allergie.

Les aliments à privilégier

Enfin, optez pour les aliments antiallergiques, comme les carottes, la laitue, l’oignon, les radis, le cerfeuil ou le persil. En mettant en place ces différentes mesures, si possible avant les premiers symptômes, vous devriez traverser le printemps et l’été plus sereinement.

Les champignons médicinaux

Les actions des champignons médicinaux tels que le reishi, Ganoderma lucidum et le Maïtake, Grifola frondosa sur le système immunitaire sont multiples et dépendent des besoins de l’organisme. Il peut tout autant renforcer un système immunitaire déficient que tempérer les actions d’une immunité trop réactive, en cas d’allergies ou de maladies auto-immunes par exemple. Ces champignons doivent être consommés avec constance pendant plusieurs semaines, idéalement en décoction ou en capsules pour prodiguer leurs effets bénéfiques. Une période de six à huit semaines est conseillée, que l’on peut répéter quelques fois par année ou au besoin.

La gemmothérapie

La gemmothérapie est une forme de phytothérapie innovante et abordable pour tous les âges, on peut la conseiller aux enfants et même dans certaines limites à la femme enceinte. Cette thérapie naturelle consiste à utiliser les propriétés des tissus embryonnaires végétaux en croissance : les bourgeons et les jeunes pousses d’arbres et d’arbustes. On peut la définir comme la phytothérapie cellulaire énergétique globale.

Grâce à leur action polyvalente, les bourgeons de cassis, Ribes nigrum, ont une action de fond particulièrement intéressante et sont régulièrement recommandés aux personnes souffrant de rhinite allergique. En cas d’affection légère, ils remplacent avantageusement les corticoïdes, neutralisant l’histamine, sans leurs effets secondaires. En même temps qu’ils réduisent l’inflammation, ils stimulent l’immunité. Pour les enfants, les bourgeons d’églantier, Rosa canina, ont une action tout aussi efficace, mais plus douce.

L’isothérapie

L’isothérapie est une technique homéopathique qui vise à améliorer la tolérance du patient vis-à-vis d’allergènes responsables de leur allergie. Cette technique de désensibilisation consiste à administrer de microdoses de cet allergène à la personne. Ce processus a pour but de rééduquer le système immunitaire afin qu’il devienne moins réactif à cet allergène. Cette démarche vous intéresse ? Consultez un allergologue-homéopathe afin d’en être plus éclairé.

Les probiotiques

Les probiotiques jouent un rôle important dans tout protocole anti-allergies. Les études nous montrent que les enfants souffrant d’allergies ont une flore intestinale différente de ceux qui n’ont pas d’allergies. En consommant des probiotiques quotidiennement, l’équilibre de notre flore intestinale en sera conservé ainsi que sa biodiversité. Maintenir notre système digestif en santé aide grandement à diminuer les réactions excessives du système immunitaire, les risques d’inflammation chronique, ainsi que les risques de développer des allergies saisonnières.

La vitamine C                                                                                                                                                    

En préventif, la prise quotidienne de vitamine C, aussi connue sous le nom d’acide ascorbique, remonte une immunité déficiente et ainsi protègerait des réactions allergiques. De plus, la vitamine C prévient la sécrétion de l’histamine par les globules blancs et augmente leur détoxification. Notez néanmoins qu’il y a une controverse à ce sujet, car la vitamine C a aussi des propriétés immunostimulantes. Et il faut faire attention de ne pas prendre de trop fortes doses, car la vitamine C peut provoquer de la diarrhée.

Les oméga 3

Les acides gras essentiels, principalement les omégas 3, aident à réduire l’état inflammatoire causé par l’allergène. Puisque les graines de lin contiennent également des oméga 3, n’hésitez pas à saupoudrer tous vos repas de ces petites pépites d’or moulues!

La quercétine

La quercétine est un flavonoïde provenant des plantes et dans les aliments tels que l’ail, le brocoli, les petits fruits, les pommes, les raisins et le thé. En plus d’être responsable de la couleur variée des aliments, ces molécules représentent une importante source d’antioxydant, inhibent la production d’histamine, tout en diminuant des effets inflammatoires de la réaction allergique.

Un changement à la fois

Soyez patient! Si vous travaillez seul, attendez-vous à quelques mois d’essais et de tâtonnement avant d’arriver à trouver une approche qui vous convienne parfaitement. Mais n’abandonnez pas. Le monde des remèdes naturels est vaste, et chacun arrive en général à établir son propre traitement des allergies.  

Mieux encore, renseignez-vous auprès d’un ou une naturopathe ou encore d’un ou une herboriste-thérapeute pour vous guider selon vos besoins personnels surtout si vous prenez des médicaments ou pour entreprendre une cure de foie et des intestins personnalisée, ainsi que pour intégrer la prise de plantes médicinales à un protocole plus complet.

Sources : Althea Provence, Herboristerie Desjardins, Les Produits Mathias, Myriam Marleau Herboriste Clinicienne, Passeport Santé.