Par Cyril Meyre, ND. A.

Je suis bio, végé, vegan, yogiste, artiste, comptable, hipster avec des « tattoos »! Vraiment? Et que faire avec les métaux lourds associés aux tatouages?

Sans effets apparents sur la santé dans l’immédiat, le prix à payer ne se fait sentir que plus tard, sans forcément qu’on fasse le lien avec les tatouages qui datent de plusieurs années ou décennies. Alors que nous sommes de plus en plus conscients dans la société de l’importance de bien s’alimenter et de consommer de façon hypotoxique, d’avoir une bonne hygiène de vie autant que possible, grand nombre de personnes se font tatouer aux toxines lourdes.

C’est un phénomène à la mode plus que jamais que de décorer son corps de motifs permanents, et toxiques de surcroît. Presque un problème de santé publique, tout comme les cosmétiques bourrés de produits toxiques appliqués sur la peau. Aucune réglementation à l’horizon. Le parallèle se rapproche de la bataille menée sur de longues années pour l’abolition des boissons sucrées dans les écoles, les hôpitaux et même dans les espaces municipaux de la ville de Montréal en décembre 2017. Espérons ne pas attendre aussi longtemps pour une mobilisation politique sur le sujet des tatouages et des cosmétiques avec des nanoparticules qui pénètrent plus facilement dans les couches profondes de la peau et se dispersent dans le système lymphatique et le corps.

Bien sûr, les tatouages ont accompagné l’histoire de l’humanité depuis 5000 ans. Mais dans les temps lointains, ils n’étaient pas toxiques comme aujourd’hui. Plus tard, après la Deuxième Guerre mondiale, les tatouages sont devenus plus courants sous la forme que nous connaissons aujourd’hui. Mais il y a quelques décennies de ça, la surface des tatouages était minime et en noir seulement. Aujourd’hui, parfois c’est l’équivalent d’une tapisserie!

À ce jour, les tatouages qui sont imprimés sur la peau couvrent de grandes surfaces et sont accompagnés de couleurs qui rajoutent à la toxicité par bioaccumulation. Car les pigments de couleurs sont composés de métaux. En toxicologie, discipline scientifique, nous connaissons très bien l’impact des métaux lourds sur la santé.

Par exemple, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), pigment noir obtenu du charbon ou du pétrole, absorbent les UV et génèrent des radicaux libres (oxydation), qui attaquent les éléments constitutifs des cellules. Bien que réglementée, la composition  des encres en HAPs n’est pas forcément respectée comme le prouve l’analyse d’une étude (8).

Composition de l’encre :

Les encres de couleurs sont composées de colorants organiques synthétiques, les colorants azoïques sont prédominants. Ils sont composés d’amines aromatiques classées en toxicologie comme toxiques pouvant engendrer des problèmes de santé variés.

Dans les encres utilisées pour les tatouages, il y a les métaux suivants(3) : nickel, aluminium, carbone, chrome, manganèse, cobalt, dioxyde de cuivre, dioxyde de titane. C’est la base de tous les tatouages et classé cancérigène possible depuis 2006 par le Centre international de recherche sur le cancer. Ce produit se retrouve également dans l’industrie agroalimentaire, les cosmétiques et les crèmes solaires. De plus, les encres contiennent des additifs pour le moins suspects.

Les couleurs et les métaux :

Vert – oxyde de chrome, malachite, chromate de plomb, ferrocyanure de potassium.

Jaune et violet – carbazole (dérivé du goudron), sulfure de plomb, cadmium, curcuma.

Rouge – oxyde de fer, alazirine, cadmium, sulfure de mercure.

Bleu – cuivre, azurite.

Blanc – carbonate de plomb, dioxyde de titane, oxyde de zinc.

Noir – oxyde de fer, carbone, hydrocarbure, bois de campêche.

Le professeur Jürg Tschopp (1951-2011) ayant reçu un prix médical en Suisse (2008), en plus d’être un pionnier sur la recherche cellulaire nous parle du dioxyde de titane comme un problème aussi grave que celui de l’amiante! À l’exception que l’amiante ne fut pas intégrée dans les aliments ou déposée sur les couches de la peau. On peut conclure qu’en effet les impacts négatifs seront reconnus dans quelques années une fois que les preuves cumulées seront plus qu’évidentes ou avec des cas de personnes connues médiatisés.

Le constat scientifique est là, les particules lilliputiennes s’accumulent dans l’organisme qui ne parvient pas à s’en débarrasser. Toujours sur la base des recherches du professeur Jürg Tschopp, la table est mise pour l’inflammation chronique. Ces particules se propagent dans le corps sous forme de nanoparticules. Une étude datant de 2017 a retrouvé des éléments de résidu de tatouage dans les ganglions lymphatiques, faisant partie du système immunitaire(1).

Conséquences possibles des tatouages(2, 5) : infections locales superficielles et profondes, infections systémiques, sensibilité au soleil, photodermatites(7), réaction granulomateuse, réactions lichénoïdes, réactions allergiques, allergies (surtout aux couleurs rouge, bleu, vert) (7), perturbateurs endocriniens, développement de parasites, affectent le système nerveux (myofascite à macrophage), troubles cutanés (eczéma, psoriasis, lichen plan, morphée), cancers associés aux éléments carcinogènes, associés aux encres(7).

Les pigments de tatouage imitent le mélanome malin métastatique(4, 6), tel que rapporté dans la littérature scientifique depuis 1938! Plus il y a un mélange de produits, plus il y a possibilité de réactions diverses du corps, en débutant par les allergies.

Que faut-il de plus pour ne pas se faire tatouer? J’adore cette phrase en anglais : « Stop and Think Before you ink! »(2) Les tatouages sont nocifs, de toute évidence, ne faites pas l’autruche et passez le message. Ils peuvent être un élément déclencheur dans la genèse de la maladie selon nos prédispositions propres à chacun. Et pour en rajouter, la tendance se dirige vers les tatouages fluorescents grâce à une encre réactive aux UV!

Alors, quelles solutions mettre en place pour prévenir les problèmes reliés aux tatouages? Je vous laisse deviner…

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Sources :

1- Scientific Reports 7, 12 septembre 2017. Microscopy enable to look into the fate and effects of tattoo pigments in human skin.

2- J Cutan Aesthet Surg. 2015 Jan-Mar;8(1):30-6. Complications of Tattoos and Tattoo Removal: Stop and Think Before you ink.

3- Arch. Dermatol., 137:143–147 (2001). In vitro quantitative chemical analysis of tattoo pigments.

4- Dermatol Surg. 1996 Jan;22(1):92-4. Tattoo pigment mimicking metastatic malignant melanoma.

5- Actas Dermosifiliogr. 2017 Nov 26. Allergic Reactions to Tattoo Inks: A New Diagnostic Challenge.

6- Eur J Dermatol. 2017 Nov 24. Melanoma and tattoos: a case report and review of the literature.

7- Curr Probl Dermatol. 2015;48:48-60. Tattoo complaints and complications : diagnosis and clinical spectrum.

8-  Contact Dermatitis. 2015 Feb;72(2):97-105. Azo pigments and quinacridones induce delayed hypersensitivity in red tattoos.