Par Guylaine Campion, ND et journaliste

Pour faire suite à un récent article où il a été question de cystites et d’infections urinaires, nous allons maintenant aborder une maladie rare de la vessie qui a pour nom « cystite interstitielle » ou « syndrome de la vessie douloureuse ». La cystite interstitielle est une affection chronique des voies urinaires caractérisée par une inflammation de la vessie et dont les causes sont inconnues.  

Les symptômes de cette maladie sont principalement des douleurs au bas-ventre et des envies fréquentes d’uriner, et ce, jour et nuit. Ces douleurs et ces envies sont parfois si intenses et insupportables qu’elles peuvent devenir un handicap social puisque les personnes qui en souffrent n’osent plus sortir de chez elles.  En effet, dans les cas les plus graves, le besoin d’uriner peut se produire plusieurs dizaines de fois en l’espace de 24 heures. Les douleurs intenses peuvent parfois mener au découragement et à la dépression. Les douleurs peuvent aussi toucher l’urètre et le vagin. Le fait d’uriner soulage les douleurs complètement ou partiellement.

DIFFÉRENCES ENTRE LA CYSTITE INTERSTITIELLE ET LA CYSTITE DITE « CLASSIQUE »

Il est important de ne pas confondre la cystite interstitielle et la cystite dite « classique ». Cette dernière étant une infection urinaire causée par des bactéries alors que la cystite interstitielle n’est pas une infection et sa cause est inconnue. Voilà pourquoi en 2002, l’International Continence Society (ICS) a suggéré d’utiliser le terme : « cystite interstitielle – syndrome de la vessie douloureuse » plutôt que « cystite interstitielle » seulement.  

Ce sont surtout les femmes qui souffrent de cystite interstitielle, et cette maladie peut apparaître à partir de l’âge de 18 ans. Pour l’instant, il n’y a pas de traitement curatif pour cette affection dite « chronique ». Cette maladie est généralement diagnostiquée vers l’âge de 30 à 40 ans.  

QUELLES SONT LES CAUSES?

On ne connaît pas avec certitude l’origine de l’inflammation observée dans la cystite interstitielle. Certains associent son apparition à une intervention chirurgicale, à un accouchement ou à une grave infection de la vessie, mais dans bien des cas, cette maladie semble survenir sans cause apparente. Elle pourrait être une maladie multifactorielle. Plusieurs hypothèses sont étudiées. Les chercheurs évoquent l’hypothèse d’une réaction allergique, d’une réaction auto-immune ou d’un problème neurologique de la vessie. De plus, il n’est pas exclu que des facteurs héréditaires y contribuent également.  

Les femmes sont les plus touchées par cette maladie de même que les personnes atteintes d’une autre maladie caractérisée par des douleurs chroniques telles que la fibromyalgie et le syndrome de l’intestin irritable. Chez les hommes, elle touche plus fréquemment ceux qui souffrent d’une inflammation de la prostate.

ALIMENTATION : DES MODIFICATIONS À APPORTER

Certains aliments peuvent augmenter les douleurs de la cystite interstitielle et apparaître de deux à quatre heures après l’ingestion. Il est important de les reconnaître afin de les éviter par la suite.  

La tenue d’un journal alimentaire pourra vous aider à cibler les aliments qui déclenchent la douleur. Vous y noterez les aliments consommés et l’intensité des symptômes.  

Voici des aliments déclencheurs connus pouvant accentuer les symptômes :  

  • Boissons gazeuses, sodas et colas;
  • Café, thé chocolat;
  • Alcool;
  • Piments forts et plats épicés;
  • Aliments et jus très acides (surtout agrumes et tomates);
  • Certains fruits et légumes : ananas, agrumes, bananes, rhubarbe, fèves, haricots;
  • Noix;
  • Viandes et poissons fumés;
  • Tofu;
  • Édulcorants de synthèse, agents de conservation et additifs alimentaires;
  • Vinaigre, aliments marinés, moutarde et sauce soya.

Attention : si le jus de canneberge est recommandé pour traiter et prévenir les infections urinaires (cystites bactériennes), il peut aggraver les symptômes de la cystite interstitielle. Il est donc préférable d’éviter d’en consommer. Il est recommandé de privilégier les aliments entiers et les fruits et légumes de culture biologique. Il est important de boire beaucoup d’eau.

DES REMÈDES NATURELS POUR DIMINUER LES DOULEURS

Il existe des produits naturels qui peuvent être de bon recours dans les cas de cystite interstitielle.  

Par exemple, la quercétine possède une action anti-inflammatoire intéressante. D’ailleurs, dans le cadre d’un essai clinique, il a été démontré que la quercétine pouvait diminuer les symptômes chez les personnes atteintes de cystite interstitielle.  

Le sulfate de chondroïtine, habituellement utilisé dans les cas d’arthrose, pourrait être efficace contre les douleurs de la cystite interstitielle. C’est ce que révèle une étude aléatoire à double insu menée en 2010 sur 65 patients atteints de cette maladie. Durant une période de six semaines, les patients ont reçu des instillations hebdomadaires de sulfate de chondroïtine dans la vessie ou une solution placebo. Résultat : deux fois plus de patients ont ressenti une amélioration avec la chondroïtine qu’avec le placebo. De plus, des études menées sur l’animal ont démontré que la chondroïtine se lie à la paroi de la vessie et restaure sa perméabilité.  

L’arginine est un acide aminé présent dans plusieurs aliments tels que les légumineuses et les céréales. Fait intéressant : en 1999, un petit essai aléatoire réalisé sur 53 personnes atteintes de cystite interstitielle a montré que des suppléments de L-arginine (1,500 mg par jour pendant 3 mois) permettaient de réduire la douleur et la sensation de mictions pressantes associées à la maladie.  

Par ailleurs, la Commission E allemande reconnaît l’usage médicinal des graines de citrouille pour soulager les symptômes liés à l’irritation de la vessie. En effet, les graines de citrouille contiennent plusieurs substances associées au traitement des troubles du système urinaire et des troubles de la prostate.  

Les femmes enceintes ou qui allaitent, les enfants, les personnes qui prennent des médicaments ou qui souffrent de maladies graves ou d’allergies devraient consulter un spécialiste en santé naturelle avant d’utiliser les plantes médicinales.  

Les informations fournies dans cet article ne peuvent remplacer des conseils médicaux, un diagnostic ou un traitement.