Bien mastiquer, c’est important!

Par Guylaine Campion, ND et journaliste

Bien manger fait partie des plaisirs de la vie! On a l’eau à la bouche à la vue d’un repas délicieux, on a les papilles qui s’émoustillent, on savoure, on se délecte…

On nous explique souvent l’importance de manger en pleine conscience, d’écouter nos sens et les messages de notre corps, de faire confiance aux signes qu’il nous envoie. 

Les petits enfants ont ce rapport instinctif avec la nourriture. Ils savent quand ils ont faim et quand ils ont assez mangé. 

L’ART DE MANGER EN PLEINE CONSCIENCE

Depuis des millénaires, les bouddhistes ont appris à manger en pleine conscience et à apprivoiser la nourriture. Pour eux, chaque bouchée est une occasion de vivre le moment présent.  

Manger en pleine conscience, c’est mettre tous nos sens à contribution : on savoure avec nos yeux, on apprécie la couleur de l’aliment consommé, sa forme, on ressent sa texture. Parfois, son parfum peut nous rappeler des souvenirs de notre enfance. On touche l’aliment pour finalement déguster toute sa saveur. On prend conscience de la générosité de la terre qui nous fournit notre nourriture au quotidien.  

Dans cette optique, on prend aussi conscience de l’importance d’une bonne mastication. 

LA MASTICATION : UNE ACTION ESSENTIELLE

Se nourrir est un acte nécessaire à notre survie et à notre santé, et nous devrions tous y porter une attention spéciale. Prendre conscience de tous les bons aliments que nous consommons et une bonne mastication en font partie. 

La mastication sert à couper, déchirer et broyer les aliments que nous consommons. Sans la mastication, la salive ne peut jouer son rôle de dégradation des aliments afin de permettre une meilleure absorption des nutriments dans l’estomac et l’intestin. En fait, une bonne mastication permet de prédigérer les aliments dans la bouche.  

Prendre le temps de déguster et de bien mâcher chaque bouchée permet aussi d’augmenter la libération des saveurs et des arômes rendant le repas encore plus savoureux et plus satisfaisant. 

LA MASTICATION ET LA DIGESTION

Le rythme effréné de la vie nous oblige parfois à avaler notre repas en vitesse sur le coin de la table en deux temps trois mouvements! Résultat : une mauvaise digestion.  

Bien mastiquer facilite le travail des enzymes digestives. Les aliments sont mieux découpés pour la digestion intégrale et risquent moins de se retrouver à moitié digérés dans l’intestin, ce qui provoque flatulences, ballonnements et maux de ventre.  

De plus, des petites portions d’aliments bien mastiqués contribuent à réduire la pression sur le sphincter de l’œsophage, réduisant du même coup les risques de reflux gastriques.  

Enfin, une bonne mastication augmente la production de la salive qui, elle, neutralise certaines bactéries dans la bouche.  

LA MASTICATION ET LA GESTION DE POIDS

Une bonne mastication est aussi nécessaire pour perdre du poids. De nombreuses études scientifiques ont démontré que la mastication est un paramètre fondamental du métabolisme. En effet, prendre le temps de mâcher pourrait être l’une des clés pour atteindre et maintenir son poids idéal. Pourquoi? Parce que la mastication est l’un des facteurs qui déclenchent la satiété ou le sentiment de ne plus avoir faim. Après 15 à 20 minutes de mastication, le cerveau commence à produire des neurotransmetteurs, particulièrement de l’histamine, et envoie un message de satiété. Plus on mâche, moins on a faim et moins on consomme des calories inutiles.  

Une étude américaine récente a confirmé les effets de la mastication sur la satiété. Le Dr Cassady et ses collègues de l’Université d’Indianapolis ont recruté 13 volontaires auxquels ils ont donné 55 grammes d’amandes à consommer avec des consignes sur le nombre de mastications soit : 10 fois, 25 fois ou 40 fois.  Les chercheurs ont ensuite évalué l’appétit des participants pendant les trois heures qui ont suivi. Résultat : Les participants qui avaient mâché 40 fois avaient moins faim que ceux qui n’avaient mâché qu’une dizaine de fois avant d’avaler les amandes.  

D’autre part, une étude publiée dans la revue Obesity a démontré qu’une plus longue mastication (plus d’une minute) réduit la prise de calories, et ce, indépendamment de la quantité de nourriture absorbée.  

Par ailleurs, on dit que les hommes mangent plus rapidement que les femmes, ce qui expliquerait en partie la prévalence d’obésité plus élevée chez eux. 

COMMENT BIEN MASTIQUER?

Pour s’habituer à bien mastiquer, il suffit de porter attention à chaque bouchée d’aliments que l’on met dans notre bouche et à bien les broyer avant de les avaler.  

Il va sans dire que certains aliments ont besoin d’être longuement mastiqués comme les graines, les grains entiers, les noix, les légumes crus, les fruits frais et séchés et les légumineuses. 

LA FOURCHETTE ÉLECTRONIQUE : VOUS CONNAISSEZ?

Il existe sur le marché une fourchette électronique (HAPlfork) conçue pour aider les gens à manger plus lentement. Cette fourchette vibre et émet des signaux lumineux quand la personne qui l’utilise mange trop rapidement.  Elle est donc programmée pour que son utilisateur puisse manger à un rythme optimal et au bon moment.

La fourchette électronique mesure la durée du repas, le nombre de bouchées par minute et l’intervalle entre chaque coup de fourchette. Ce gadget est assez dispendieux.  

Un moyen facile et qui ne coûte rien pour ralentir son rythme de mastication est de bien déposer votre fourchette entre chaque bouchée. En fait, porter une attention accrue sur la mastication est un geste simple qui peut mener à de bons résultats, mais moins coûteux! 

D’OÙ VIENT LE NOM « FLETCHÉRISME »?

Le fletchérisme est le mot pour définir « une mastication intense rendant le rythme alimentaire particulièrement lent ». 

Ce mot vient de son créateur Horace Fletcher (1849-1919), un homme d’affaires américain. Un jour, il se vit refuser une police d’assurance en raison de son poids (100 kilos pour 1,65 m). Monsieur Fletcher décida donc de maigrir et de se convertir au végétarisme. Il est entré dans l’histoire en préconisant une méthode révolutionnaire qui consistait à mâcher chaque bouchée de nourriture jusqu’à la réduire à l’état liquide. Il perdit 30 kilos et fut surnommé « Le grand masticateur »! Selon lui, la nourriture solide devait être mâchée au moins 100 fois avant d’être avalée!

Parmi les adeptes célèbres de cette méthode figurent les noms de John D. Rockefeller et Thomas Edison. On dit que dans les dîners mondains, les gens étaient si occupés à mastiquer qu’il y avait très peu de place pour la conversation! 

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