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L’apprentissage naturel (unschooling)

Par Geneviève Côté

Apprendre à lire, écrire, compter, et s’intéresser aux sciences, à la géographie et à l’histoire sans qu’on ne l’enseigne aux enfants? C’est possible? Oui! C’est bel et bien ce qui se produit dans les familles soutenant l’apprentissage naturel! Pour ces enfants, l’apprentissage ne se produit ni dans une classe ni dans un contexte d’école à la maison.

COMMENT ÇA FONCTIONNE?

Aussi appelé unschooling, l’apprentissage naturel est une approche positive qui s’appuie sur la confiance en l’enfant, ses ambitions internes, sa curiosité naturelle, son désir d’apprendre, son rythme plutôt que sur des facteurs externes, soit les récompenses, les menaces, les évaluations et l’imposition d’un enseignement de notions prédéterminées à des moments précis. Jean-Pierre Lepri, docteur en éducation et en sociologie, résume sommairement l’idée en ces mots : « Apprendre, c’est vivre… et inversement ».

C’EST LÉGAL?

Dans certains pays, des écoles libres suivent cette même approche. Au Québec, cela se fait dans un cadre d’apprentissage en famille. Dans ce contexte, c’est un droit protégé par le Code civil du Québec, la Déclaration universelle des droits de l’Homme et la Déclaration des droits de l’enfant des Nations unies.

Par ailleurs, selon la loi, le cheminement à la maison peut être bien différent du programme dispensé à l’école, pourvu qu’il fournit à l’enfant « des activités variées et stimulantes visant l’acquisition d’un ensemble de connaissances et de compétences » et les moyens de progresser.

RÔLE DES PARENTS

Pour le parent, l’apprentissage naturel, c’est laisser l’enfant faire ses propres expériences, mais c’est aussi l’accompagner, le guider, répondre à ses besoins dans le but de favoriser l’épanouissement de ses qualités uniques. Pour une famille soutenant l’apprentissage naturel, il n’y a pas d’heure ou de journée pour apprendre. Pour les enfants, les apprentissages surviennent partout et à tout moment à travers le jeu, le travail, les projets, les conversations.

Dans un tel contexte d’apprentissage, les parents sont très présents, impliqués de près dans le développement de l’enfant. L’avantage de cette méthode est que le parent n’a pas à devenir quelqu’un d’autre, soit un enseignant professionnel. L’enfant y voit l’adulte comme un mentor, un conseiller, un guide, un inspirateur. Les parents ont un rôle actif qui peut se manifester de différentes façons.

Imitation

Les enfants imitent les adultes : ils gravitent autour, observent, participent aux tâches, à leurs activités quotidiennes, souhaitent en savoir plus et parfois s’impliquer. Citons en exemple la couture, la pratique d’un instrument de musique, la peinture, la lecture, la cuisine, le jardinage, les soins aux animaux domestiques, faire un budget, la construction et rénovation avec des outils, l’apprentissage d’une nouvelle langue, etc.

Environnement riche et stimulant

Le parent s’efforce de fournir un environnement riche et stimulant pour l’enfant. Ce peut être pour approfondir des connaissances ou intérêts déjà présents chez lui, ou encore pour l’inviter à découvrir des sujets inconnus, à stimuler ses cinq sens, à relever de nouveaux défis. On connaît cette technique sous le nom de strewing chez nos voisins anglophones. Ce peut être par l’accès à du matériel, des lieux ou des personnes qu’on place intentionnellement sur le chemin de l’enfant dans le but d’enrichir son quotidien éducatif.

Du côté matériel, les objets laissés volontairement à la vue de l’enfant peuvent être de toutes sortes. Par exemple, une antiquité tout droit sortie du grenier, un album photo, un article de journal, un fruit tropical à la collation, etc. Le but : trouver quelque chose qu’il n’a jamais vu et piquer sa curiosité. Également, ne sont pas exclues l’utilisation de ressources prévues comme éducatives, tels des livres laissés à leur portée, des jeux de société, des cahiers, des outils de mesure et de précision, etc.

L’apprentissage naturel ne se fait pas seulement à la maison, il se produit partout. L’accès à des lieux (la bibliothèque, le centre communautaire, le centre commercial, les musées, la forêt, la ville, etc.) et les rencontres avec des personnes dans la communauté (le caissier, la pompière, le facteur, l’éboueur, etc.) sont des sources de renseignements et des pistes de questionnements.

Également, mentionnons la participation à des activités bénévoles ou entrepreneuriales permettant l’acquisition de connaissances et compétences variées : kiosque de limonade, tonte du gazon, entreprise d’un parent (travail sur une ferme, vente de créations artistiques, etc.), cuisine dans un centre d’hébergement, etc.

PAS DE MATIÈRES!

Avec l’apprentissage naturel, les savoirs ne sont pas cloisonnés (par matières) et aucune discipline n’en supplante une autre. Le Programme de formation de l’école québécoise explique d’ailleurs que le développement de compétences en contexte interdisciplinaire est favorable à l’apprentissage.

L’exemple du hanneton

Pour les familles soutenant l’apprentissage naturel, le quotidien bien ordinaire est rempli d’occasions extraordinaires d’apprendre. Pour une simple petite question de la part de l’enfant, toutes les sphères d’apprentissages peuvent être étudiées. La découverte d’un insecte brun dans la cour l’encourage à faire de la lecture dans des livres pour recueillir de plus amples informations sur ce qu’on identifiera comme un hanneton. La recherche sur internet grâce à l’ordinateur demande à l’enfant d’écrire afin de trouver des articles sur le sujet. L’enfant doit alors comprendre le texte qu’il lit pour avoir réponse à ses interrogations. Il aura peut-être envie de dessiner l’insecte ou de le photographier et ainsi intégrer une démarche artistique à sa découverte.

Un exposé oral pourra suivre lorsqu’un visiteur impromptu viendra à la maison, et qu’il aura envie de lui expliquer à quel point l’insecte trouvé est fascinant. Il s’intéressera à la géographie lorsqu’il se demandera quel territoire occupe l’insecte. On s’intéressera à l’histoire quand on apprendra qu’il est arrivé par accident par bateau de l’Europe, et qu’on l’a découvert pour la première fois au Canada en 1959. L’observation de l’insecte et la découverte de ses caractéristiques relève du domaine des sciences, de la biologie. Les enfants pourront vouloir le mesurer, faire des statistiques du nombre de hannetons trouvés par jour, et toucher ainsi le domaine des mathématiques.

AVANTAGES NOTÉS PAR LES FAMILLES

Les familles adoptant l’apprentissage naturel notent plusieurs avantages à choisir cette approche :

  • Pas de bataille pour faire des devoirs ou des exercices;
  • L’enfant voit davantage son parent comme un partenaire et non un adversaire. Le développement de la relation parent-enfant et le respect de part et d’autre sont à la base de cette approche;
  • Les enfants prennent tout le crédit et la fierté pour les apprentissages effectués. « J’ai appris à lire » plutôt que « Madame Brigitte [ou Maman!] m’a appris à lire ». Cela augmente leur confiance en eux;
  • Permettre aux enfants de poursuivre leurs rêves, leur curiosité et leurs intérêts est une excellente façon de favoriser le développement de leurs aptitudes en recherche, de l’esprit critique et de l’esprit d’analyse nécessaires pour trouver un emploi qui leur convienne une fois adultes;
  • Les enfants en viennent à très bien se connaître eux-mêmes;
  • Favorise la créativité et la pensée divergente, les enfants n’étant pas incités à effectuer jour après jour des exercices où une seule réponse est possible;
  • Les enfants ressentent une grande liberté et un grand pouvoir sur l’organisation de leur vie. Ils apprennent à prendre des décisions et à développer un esprit entrepreneurial, plutôt que de simplement suivre des instructions;
  • Pas de coupure, de différence entre l’apprentissage et la vie. Les enfants voient tous les moments comme des occasions d’apprentissage, plutôt que d’associer un temps, du matériel ou un endroit précis pour le faire;
  • Parce que les enfants choisissent le moment et le sujet de ce qu’ils apprennent, l’apprentissage est perçu comme quelque chose d’agréable.

UN PARCOURS DIFFÉRENT

Le parcours de ces enfants est différent, certes, mais selon les parents, il est également des plus personnalisés, où leurs objectifs, besoins et rythme sont respectés. Par ailleurs, de plus en plus de chercheurs s’intéressent à l’apprentissage naturel au Québec et ailleurs.

En outre, il est intéressant de savoir que les grandes universités américaines, comme Harvard, vont même faire du démarchage pour cibler les parents qui font de l’apprentissage naturel. Ils souhaitent la venue de ces enfants dans leur établissement, car ils sont généralement motivés et créatifs.

En terminant, si vous souhaitez en savoir plus sur cette approche, voir des exemples réels de familles soutenant l’apprentissage naturel, consultez le mot-clic #30joursunschooling (un défi qui a lieu sur les réseaux sociaux en novembre tous les ans) sur Facebook et Instagram ou assistez aux conférences sur le sujet au Congrès de l’éducation à domicile (https://congresaqed.org/) qui aura lieu à Montréal les 22-23 septembre prochains.

SOURCES :

ASSOCIATION QUÉBÉCOISE POUR L’ÉDUCATION À DOMICILE (AQED), site web, https://www.aqed.qc.ca/

GAUDREAU,​ ​ Joelle.​ ​ Le​ ​ point​ ​ de​ ​ vue​ ​ d’adultes​ ​ ayant​ ​ vécu​ ​ l’expérience​ ​ de​ ​ la​ ​ non-scolarisation  (unschooling) au​ ​ cours​ ​ de​ ​ leur​ ​ enfance​ ​ et/ou​ ​ de​ ​ leur​ ​ adolescence :​ ​ une​ ​approche phénoménologique​,​ ​ Mémoire pour la maîtrise en éducation et pédagogie, Université​ ​ du​ ​ Québec​ ​ à ​ ​ Montréal,​ ​ 2017.

LEPRI,​ Jean-Pierre.​ ​ La fin de l’éducation? Commencements…, France,​​ 2012.

PARDO,​ Thierry.​ ​ Une ​éducation sans ​école,​ Québec,​ ​2014.

Autres sources sur demande