Par : Marie-Christine Trépanier

Les bactéries sont de plus en plus résistantes aux antibiotiques et cette situation est inquiétante. D’ailleurs, pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la résistance aux antibiotiques constitue l’une « des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale ».  Mais voilà qu’un chercheur marocain apporte une lueur d’espoir.

Après 30 ans de recherche, Adnane Remmal, chef du laboratoire de biotechnologie de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, de Fès, au centre du Maroc, espère maintenant contribuer à la lutte contre ce fléau mondial. Mais quelle est la solution de ce chercheur? La voici : il dope les antibiotiques aux huiles essentielles!

« À force de mal utiliser les antibiotiques, la résistance (des bactéries) se développe », a expliqué Adnane Remmal.

 

MAIS D’OÙ VIENT L’IDÉE D’UTILISER LES HUILES ESSENTIELLES?

Ce chercheur, qui a reçu en juin dernier le « prix du public » de l’Office européen des brevets, s’est inspiré de la tradition marocaine qui utilise les plantes médicinales. Il faut dire que des plantes efficaces pour lutter contre les microbes sont très répandues au Maroc. On pense à l’origan, le thym et le romarin.

Le Dr Remmal a donc ajouté des « molécules naturelles provenant d’huiles essentielles » aux antibiotiques, créant du même coup un nouveau complexe moléculaire. « C’est comme si on camouflait l’antibiotique », précise le biologiste détenteur d’un doctorat obtenu à Paris en pharmacologie moléculaire. « La bactérie redevient sensible à cet antibiotique. Grâce à ce nouveau médicament, on peut traiter un patient qui a un germe résistant », dit-il.

La découverte du Dr Adnane Remmal a été brevetée en 2014 par l’Office européen des brevets. Des essais cliniques ont débuté en 2016 et des tests complémentaires sont en cours. De plus, le biologiste, qui a signé un contrat avec un laboratoire pharmaceutique marocain, espère maintenant avoir l’autorisation de mise en marché d’ici la fin de l’année au Maroc.

 

UN LABORATOIRE AUX EFFLUVES DE ROMARIN

Quand on entre dans le laboratoire du Dr Remmal, il n’y a pas d’odeurs de gaz ou de solvants. Ce sont plutôt des effluves de romarin qui embaume le lieu de travail.

Adnane Remmal, qui a remporté en 2015 un prix de la Fondation africaine pour l’innovation, a mis au point des suppléments alimentaires à base d’huiles essentielles, destinés au bétail, le but étant de réduire l’utilisation d’antibiotiques dans l’élevage intensif.

« L’origine de la résistance des bactéries vient principalement des animaux », souligne le chercheur.  « Les éleveurs ont découvert que s’ils donnaient des antibiotiques au bétail, les animaux grossissaient plus vite.  Mais les bactéries résistantes sont transmises à l’homme par l’alimentation. Donc, si je voulais combattre la résistance chez l’homme, je devais trouver une solution de rechange à ces antibiotiques pour l’animal », explique-t-il.

 

SA PROPRE USINE DE PRODUCTION

Devant le refus des entreprises à fabriquer ces additifs, le Dr Remmal s’est lui-même lancé dans la production et possède sa propre usine de fabrication où se dégagent de douces odeurs d’herbes aromatiques. On y fabrique une fine poudre à base d’huiles essentielles et de composants solides naturels tels que de l’argile qui est ensuite ajoutée à la nourriture du bétail.

« Nous voulons remplacer les antibiotiques par des produits efficaces à base de substances naturelles à moindre coût et qui ne présentent aucune toxicité pour le consommateur final », explique Mounia Okhouya, responsable de la recherche et du développement.

Pour sa part, Abderrahmane Eytrib, gérant d’une ferme de la région, utilise ces produits à base d’huiles essentielles depuis maintenant deux ans. « On donnait beaucoup d’antibiotiques les années précédentes et ce n’est plus le cas cette année. Pour les bovins, on note une augmentation de la production laitière. Pour les ovins, on a remarqué la qualité de la viande », dit-il.

Le chercheur marocain Adnane Remmal et son équipe ont aussi d’autres projets. En effet, des brevets sont en attente de publication pour d’autres produits agricoles, tels que des biopesticides, antifongiques et antiparasitaires.